Le duc de Mantoue, Vincenzo Gonzaga, par Pourbus

Le duc de Mantoue, Vincenzo Gonzaga, par Pourbus

Des 17 années qu’il passera à la cour de Mantoue, de 1591 à 1608, au service du duc Vincenzo Gonzaga, la postérité retiendra que c’est là que Monteverdi s’est hissé aux tous premiers rangs des compositeurs de son époque. Pour Monteverdi, ce furent des années difficiles : mal payé, déconsidéré, il conclura, avec un certain cynisme, qu’il ne retirera de cette période que 25 écus, et les 1500 vers qu’il eut à mettre en musique…

Lorsqu’il arrive à la cour des Gonzague, à l’âge de 24 ans, Monteverdi est déjà un compositeur reconnu. Mais c’est en tant qu’instrumentiste (viole de gambe et, vraisemblablement, violon) et chanteur qu’il est engagé, et qui plus est au service du maître de chapelle, Giaches de Wert, un flamand italianisé, âgé, lui, de 56 ans et tenu pour l’un des plus grands compositeurs de son époque.

Le Duc de Gonzague est un grand seigneur de son temps : mégalomane et tyrannique, il est aussi amateur d’art et tient en grande estime les artistes flamands qu’il invitera à sa cour : outre le musicien Giaches de Wert, son maître de chapelle, il accueillera les peintres Rubens (alors aux tous débuts de sa carrière) et Pourbus. Mais il accueillera aussi l’astronome Galilée, le poète Torquato Tasso… pour ne citer que les plus célèbres.

Face à de Wert et à la cour prestigieuse d’artistes et de savants qui l’entourent, Monteverdi est contraint à une humilité qui ne correspond en rien à son talent, et le peu d’estime qu’on lui marque – à commencer par son employeur lui-même – le blessent profondément.

Peu après son arrivée, en 1592, paraît son 3e livre de madrigaux, sur le modèle traditionnel à 5 voix, composés dans le style polyphonique, mais aux harmonies toujours plus hardies. Deux autres recueils seront publiés durant cette période mantouane : le 4e livre en 1603 et le 5e en 1605. Ceux-ci attirent les foudres du chanoine Artusi, qui dénonce leurs dissonances comme "hérétiques" et "contraires aux bonnes moeurs". La préface signée Monteverdi à son 5e livre est une réponse à ces critiques. Mais cette polémique autour des pratiques "anciennes" et "modernes" ("seconda pratica") de composition assureront à Monteverdi une célebrité et une estime, en tant que théoricien de la musique, de son vivant.

Monteverdi accompagnera le duc au cours de ses voyages, dont le premier le conduisit en Hongrie en 1595, une campagne militaire contre les Ottomans.

De Wert meurt en 1596, mais Monteverdi n’obtiendra le poste de maître de chapelle que 6 années plus tard, en 1602.

Un second voyage le conduira en Flandres, en 1599. Au cours de ce second voyage, Monteverdi a pu rencontrer des musiciens et analyser leur art, témoins ces Scherzi musicali à trois voix, publiés en 1607, d’un style nettement flamand.

Ce dernier voyage arrivait fort mal : Monteverdi venait de se marier, avec Claudia Cattaneo, une musicienne, comme lui, qui chantait à la cour de Mantoue. Dans ses lettres, il exprime pour Claudia un amour profond et sincère, qui semble s’être prolongé bien après le décès de Claudia en 1607 puisqu’il ne l’a jamais remplacée. Il eut d’elle 3 enfants, dont deux survécurent, Francesco et Massimiliano.

En 1600, Vincenzo Gonzaga assiste aux noces de Henri IV de France et de Marie de Médicis, au cours desquelles est représenté le second opéra de l’histoire, l’Euridice de Peri. Il est possible, et même probable, que Monteverdi ait accompagné le duc et ait assisté également à cet évènement. Et c’est sans doute aussi à l’intigation du duc que Monteverdi s’attelle, malgré une charge déjà lourde, à la composition d’un opéra. Il y a tout à inventer, et ce n’est que 7 ans plus tard, en 1607, que l’Orfeo voit le jour, à l’occasion du carnaval.

Cette représentation eut un immense succès : après les essais intellectuels dus aux efforts de la Camerata fiorentina et n’ayant recueilli que des succès d’estime, Monteverdi, avec son Orfeo, a livré une musique assez belle et assez prenante pour insufler à ce nouveau genre que l’on nomme opéra assez d’énergie pour qu’il devienne le plus populaire pendant 4 siècles.

Cette année 1607 est marquée également par la mort de Claudia. Elle souffrait depuis un certain temps, et Monteverdi l’avait envoyée à Crémone, chez son père, dans l’espoir qu’il la guérisse.

L’année suivante, en 1608, c’est un second opéra, Arianna, qu’il livre au public. Malheureusement, on ne s’est pas soucié de conserver la partition de ce qui était vraisemblablement un chef-d’oeuvre, seul le Lamento nous est parvenu. Pour la seule raison que cette musique ineffable a rencontré un tel succès que de très nombreuses copies ont circulé, préservant ce qui reste encore de nos jours un chef d’oeuvre absolu de la musique.

Les toutes dernières années à la cour des Gonzague sont mouvementées. Après la mort de Claudia, Monteverdi s’était retiré à Crémone, chez son père, dans un état que l’on qualifierait aujourd’hui de dépressif. Sans aucun égard, Gonzague lui ordonne de rentrer à Mantoue, afin de composer un autre opéra, qui sera l’Arianna, pour les noces de son fils Francesco avec Marguerite de Savoie. Cet opéra est perdu, mais nous en reste la page la plus sublime, le lamento d’Arianna.

Après ce succès, il retournera définitivement chez son père. Mais, curieusement, ce n’est qu’en 1612 que prend fin officiellement son engagement à Mantoue, à la mort de Vincenzo, où il est congédié par son fils et successeur Francesco.

Jusqu’à son engagement à Venise en 1613, il ne restera pas inactif, puisqu’il composera quelques certaines de ses plus belles pièces du 6e livre de Madrigaux (publié en 1614), et surtout, il publie ses Vêpres à la Vierge (1610). Cette magnifique pièce d’oeuvre religieuse constitue un point culminant dans cet art moribond que l’on nommait Polyphonie, fustigé par la Contre-Réforme. En adoptant les règles strictes élaborées par les polyphonistes, il réussit à les plier aux exigences de la Contre-Réforme.

C’est fort de ce chef-d’oeuvre que Monteverdi ira à Rome, la même année 1610, pour tenter de trouver un autre engagement. Mais il échoue. Il échoue également à Milan. On peut imaginer l’état d’esprit de cet homme sensible et marqué par le deuil après ces échecs.

Mais, trois ans plus tard, en 1613, le poste de Maître de Chapelle de San Marco à Venise est vacant. L’osmose se produit, et Monteverdi est aussi heureux d’obtenir ce poste prestigieux que la Sérénissime d’accueillir ce musicien génial.