La Vie est un Songe est l’une des pièces les plus ambitieuses de Calderòn de la Barca, dramaturge prolifique du Siècle d’or espagnol. Le sujet en est emprunté à la littérature arabo-persane.

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Calderòn de la Barca (1600 – 1681)

Pedro Calderòn de la Barca était un dramaturge du "Siècle d’Or" espagnol.
Au 16e siècle, l’Espagne était un empire riche, qui retirait d’immenses ressources de ses colonies américaines, mais la perte de son influence sur le Portugal, le soulèvement des Pays-Bas, les guerres menées contre l’Angleterre et la France ont apauvri le royaume au cours du siècle suivant. Nous sommes à l’époque des générations qui ont suivi la conquête coloniale : aux "Conquistadores" ont succédé des héritiers bien élevés, riches et exigeants. Le déclin de l’empire espagnol est dans l’air, mais c’est sur un tel terreau que les plus belles périodes artistiques prennent naissance.

C’est l’époque de Velasquez et de Miguel de Cervantès, artistes que nous auront l’occasion de croiser à nouveau dans ce site.

Calderòn a écrit quelques 1500 pièces. Ce nombre impressionnant doit être tempéré par le fait qu’il écrivit, outre des pièces d’envergure comme La Vie est un Songe, Le grand Théâtre du Monde ou Le Magicien prodigieux, beaucoup d’"autosacramentales", héritières de "mystères" médiévaux (sorte de théâtre sacré qui se jouait dans les églises à l’occasion de fêtes), mises en scènes de miracles ou d’épisodes édifiants des Evangiles ou de vies de saints.

La Vie est un Songe

La Vie est un Songe est, de loin, la pièce la plus célèbre de Calderòn. Sa dimension métaphysique, qui l’éloigne quelque peu des thèmes classiques du théâtre du Siècle d’Or espagnol, la rapproche davantage de la littérature spirituelle.

Le thème est inspiré des Mille et une nuits, l’épisode d’Abul’Hasam ou le dormeur éveillé.

Un fils naît au roi de Pologne. La mère meurt en couches et le roi voit dans le ciel des signes funestes et certains. Pour empêcher que l’enfant devienne un jour le tyran de la Pologne, le roi le déclare mort-né et l’enferme dans une tour.

L’histoire commence lorsque Rosaure, la fille séduite et abandonnée d’une mère déjà séduite et abandonnée, arrivée en Pologne pour laver l’honneur de sa mère et le sien propre, croise le chemin du prince prisonnier, Sigismond. Si l’on est sensible au sort peu enviable du jeune homme, on est inquiété par ses passions et la violence, pour ne pas dire la bestialité, de sa nature. Personnage central, certes, auquel on peut s’identifier, comme à tous les héros, mais l’histoire oblige à chaque moment de remettre en cause cette identification.

Ces thèmes sont assez courant dans le théâtre espagnol du XVIIe siècle, même s’il peut paraître étrange que la très catholique Espagne s’intéresse à des rois astrologues, à des rois-mages enfin.

Le thème central de l’histoire est la manière dont le destin rattrappe les personnages, le roi lui-même devenant l’outil principal d’un destin qu’il aurait voulu contrecarrer. Ce thème d’inéluctabilité du destin est un ressort dramatique d’une grande puissance, puisque nous voyons se dérouler devant nos yeux une histoire que nous voudrions rejeter.

La Vie est un Songe chez GF

Mais le premier ressort de cette pièce, celui dont elle tient son nom, est celui du rêve et de l’irréalité de la réalité. Le prince, pour être "testé" par son père, est emmené dans son sommeil au palais royal pour être traité comme l’héritier du trône (qu’il est de droit). Puis, après des violences et même un meurtre, le prince est ramené, par le même biais, dans sa tour. Il a donc "vécu deux rêves" et lorsque, dans son état réel de prisonnier, on vient lui proposer de prendre le pouvoir, il a déjà pris assez de distance vis-à-vis de ses perceptions pour rejeter au loin la bestialité et la violence de sa nature. Les règles de chevalerie, d’honneur et de justice deviennent sa force et c’est sur ces principes, très loin des concessions acceptées par les autres personnages de pouvoir de la pièce, qu’il prendra ses premières décisions. La pièce se termine sur une impression étrange et inquiétante : ces principes élevés conduisent à des décisions justes, mais éloignées des désirs des personnages (et des spectateurs), voire cruelles.

Le thème du personnage qui se trouve transporté dans son sommeil d’une situation à une autre est un thème qui appartient d’abord à la littérature arabo-persane : il fait l’objet d’un conte du recueil des Mille et Une Nuits, mais, ici, c’est le héros, le personnage principal qui est l’objet de la substitution. Ce thème prend alors une dimension prégnante, et c’est à une véritable catharsis que nous sommes conviés.

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