Le troisième et dernier dialogue auquel participe Michel-Ange aborde des sujets plus variés et plus subtils : l’utilité du dessin en temps de guerre, celle des beaux-arts en temps de paix, la vérité et le mensonge en peinture, bons et mauvais peintres, repères pour l’estimation des œuvres d’art.

Dialogues sur la peinture de Francisco de Hollanda en ligne

PrésentationPremier dialogueSecond dialogueTroisième dialogue

Michel-Ange, gravure de Francisco de Hollanda

Michel-Ange, vers 1538 (?), et donc âgé de 63 ans, tiré du carnet de dessin de Francisco de Hollanda.

Dialogue troisième

Non seulement nous ne pûmes nous réunir avec la marquise et Michel-Ange le dimanche suivant, mais encore faillîmes nous en être empêchés huit jours plus tard. Car cet autre dimanche était le jour où la ville de Rome célébrait à la manière antique, sur la place Navone, la fête des douze chars de triomphe, lesquels étaient, au sortir du Capitole, d’une telle magnificence et tellement conformes à ceux de l’antiquité, qu’on se serait cru au temps des triomphes et des empereurs romains.


Notes

Cette fête avait lieu à l’occasion du mariage de monseigneur Octave Farnèse, fils de Pierre Louis et petit-fils de notre seigneur le pape Paul III, avec Madame Marguerite, fille adoptive de l’Empereur, laquelle avait été naguère femme d’Alexandre de Médicis, duc de Florence, où il mourut de male mort et frappé par traîtrise. Et, comme elle se trouvait veuve, étant encore très jeune et très belle, Sa Sainteté et Sa Majesté la marièrent au seigneur Octave, lequel était aussi très jeune et très gentil cavalier 68.

C’est pourquoi la ville et la cour faisaient en leur honneur tous les festoiements possibles : la nuit, bals et banquets, Rome entière, et surtout le château Saint-Ange, embrasée de feux et d’illuminations ; et, chaque jour, réjouissances et dépenses nouvelles, telles que la fête de Monte Testaccio, où vingt taureaux, attelés à autant de charrettes, furent donnés en spectacle public sur la place Saint-Pierre, et celle du pallium que coururent buffles et chevaux, tout le long de la rue Santa-Maria-in-Trastevere, jusqu’à la place du Vatican.

Le jour de la fête en question, les douze chars de triomphe, dorés, décorés de maintes figures en ronde bosse et de très nobles devises, portaient des citoyens et des quarteniers de la ville, vêtus à l’antique avec tout le faste et la magnificence que l’on pouvait souhaiter. Et avec eux allaient, à cheval, cent fils des principales familles, si bravement accoutrés, si bien vêtus à la gentille et pittoresque mode antique, qu’ils laissaient bien bas au-dessous d’eux les habits de velours, les plumes et les mille inventions galantes et costumes nouveaux en quoi l’Italie surpasse toutes les autres nations de l’Europe.

 

68. Ce mariage avait été décidé à Nice, lorsque Paul III et Charles Quint s’y rencontrèrent pour signer la trêve de 1538. Marguerite de Parme, fille naturelle et non adoptive de l’empereur, était née, comme Octave Farnèse, en 1522. Son premier mari fut assassiné en 1537 par Lorenzo de Médicis, le Lorenzaccio de Musset.

Après avoir vu descendre du Capitole cette noble phalange escortée d’une nombreuse infanterie, après avoir contemplé à loisir l’invention des chars, les édiles vêtus à l’antique, et après avoir vu passer le seigneur Giuliano Ceserino 69 portant l’étendard de la ville de Rome, sur un cheval caparaçonné, couvert d’armes blanches et de brocart noir, je détournai ma monture du côté de Monte Cavallo, et m’en fus en me promenant sur le chemin des Thermes, la pensée occupée de mille choses du temps passé, où il me semblait vivre ce jour-là bien plus qu’au temps présent.

J’ordonnai alors à mon valet d’arriver jusqu’à Saint-Sylvestre et de s’informer si, d’aventure, la marquise ou Michel-Ange étaient là.

Ce garçon ne tarda guère à me répondre que messire Michel-Ange, messire Lattanzio et frère Ambrosio étaient encore réunis dans la cellule de ce dernier, à Saint-Sylvestre même, mais que de la marquise il n’était nullement question.

 

69. Julião Cesarino. C’est probablement Giuliano Ceserino dont parle Vasari dans la Vie de Michel-Ange. C’est d’après une cornaline antique appartenant à ce seigneur que Michel-Ange avait conçu le type de son Brutus, aujourd’hui au Bargello de Florence.

Je ne laissai pas néanmoins de me diriger vers l’église, mais dans l’intention de passer outre et de poursuivre mon tour vers la ville, lorsque je vis venir à moi un mien ami du nom de Zapata 70, homme de considération et grand serviteur de la marquise. Nous trouvant, lui à pied et moi à cheval, force me fut d’en descendre. Et lorsqu’il m’eut dit qu’il venait de la part de la marquise, nous entrâmes à Saint-Sylvestre.

Mais, au moment où nous y entrions, voilà que messires Michel-Ange et Lattanzio en sortaient, se dirigeant vers le jardin ou enclos, pour passer l’heure de la sieste au milieu des arbres, des lierres et des eaux courantes.

— « Oh ! soyez l’un et l’autre les bienvenus, dit messer Lattanzio, Vous ne pouviez arriver mieux à propos, et vous méritez qu’on vous loue d’être de ceux qui, en pareil jour, savent fuir le tumulte de la ville et se réfugier en un havre ou port comme celui-ci. »

— « À merveille ! répondîmes-nous. Mais, tout amical qu’il soit, cet accueil ne suffit pas à nous consoler de la perte que nous faisons en ne trouvant pas ici qui y manque. »

— « C’est de la marquise que vous parlez, dit Michel-Ange, et vous avez en cela tellement raison que, si vous n’étiez arrivés à l’instant, j’allais sans doute m’en aller. »

Devisant de la sorte, nous allâmes, dans le jardin, nous asseoir au pied de lauriers, sur un banc de pierre où, appuyés au lierre vert dont le mur était revêtu, nous trouvâmes tous place à notre aise, et d’où nous apercevions une bonne partie de la ville, très agréable à voir et pleine d’une majesté antique.

— « Ne perdons pas entièrement cette journée, dit messire Zapata, après avoir présenté les excuses de la marquise, et tirons quelque profit d’une aussi bonne réunion. Que Vos Seigneuries continuent le noble entretien qu’elles eurent ces jours passés sur le très noble art de la peinture. Telle est la commission dont madame la marquise m’a chargé, à son grand regret, car elle eût voulu être présente. Mais sachez qu’elle m’a envoyé ici pour que j’emporte et conserve en ma mémoire le souvenir de tout ce qu’on y dira et pour le lui répéter sans en omettre un seul point. Aussi, messires, sommes-nous obligés, moi, à écouter ce que je ne sais pas et à me taire, vous, à me donner matière à écouter et à apprendre. »

— « Lors de notre dernier entretien, répondis- je, maître Michel-Ange s’engagea à seconder l’intention de madame la marquise, à laquelle je demandais si la peinture n’était d’aucune utilité en temps de guerre, et il promit presque de me démontrer en quoi elle pouvait servir. Or, il me souvient que Son Excellence désigna, pour cette démonstration, le jour de dimanche dernier, où nous ne pûmes nous reunir. »

Michel-Ange, se mettant à rire, ajouta :

« Vous voulez donc, messer Francisco, que madame la marquise n’ait pas moins d’autorité absente que présente ? Puis donc que vous avez en elle tant de foi, je ne veux pas que vous la perdiez par ma faute. » Tout le monde approuva ces paroles, et Michel-Ange commença sur l’heure :

« Peut-il y avoir dans les affaires et les entreprises de guerre, rien de plus utile que la peinture, ou qui soit d’un plus grand secours dans la rigueur des sièges et la surprise des attaques ?

 

70. M. de Vasconcellos croit que ce personnage n’est autre que « Diego Zapata de Mendoza, fils de Francisco Zapata de Cisneros, premier comte de Barajas, président du Conseil de Castille, mort disgrâcié en octobre 1591 », Morel-Fatio, Diario de Camillo Borghese, dans L’Espagne au XVIe et au XVIIe siècle, Heilbronn, 1878, in-8, p. 174, n. 7.

« Ne savez-vous pas que, lorsque le pape Clément et les Espagnols mirent le siège sous Florence, les travaux et le talent du peintre Michel-Ange suffirent à défendre les assiégés un bon laps de temps, pour ne pas dire à délivrer la ville 71 ? Quant aux capitaines et soldats qui étaient dehors, ils furent un bon laps de temps effrayés, opprimés et tués, grâce aux défenses et aux fortifications que j’établis sur les tours. En une seule nuit, je les garnis extérieurement de sacs de laine et autres, et, les ayant vidées de leur terre, je les bourrai d’une fine poudre dont je brûlai quelque peu le sang aux Espagnols, que j’envoyai en l’air, déchiquetés en menus morceaux.

« Ainsi donc, non seulement je tiens pour très utile la grande peinture, mais encore est-elle grandement nécessaire en temps de guerre pour les machines et les instruments de combat ; pour les catapultes, béliers, tortues, tours ferrées, ponts, et (puisque notre détestable siècle de fer ne fait plus aucun usage desdites armes et les met au rebut) pour la fabrication des bombardes, des mousquets, des canons renforcés et des arquebuses ; et surtout pour la forme et les proportions de toutes les citadelles et châteaux-forts, bastions, remparts, fossés, mines, contremines, tranchées, meurtrières, casemates, pour les retranchements et les buttes à artillerie, les demi-lunes, les gabions, les merlons, les barbacanes ; pour la construction des ponts et des échelles ; pour le blocus des camps ; pour l’ordre des files et la mesure des escadrons ; pour l’originalité et le dessin des armes, les enseignes des drapeaux et des étendards, les devises des écus et des cimiers ; comme aussi pour les nouvelles armoiries, blasons ou timbres donnés sur le champ de bataille aux soldats qui accomplissent des prouesses ; pour la peinture des caparaçons (j’entends par là que les meilleurs peintres donneront à d’autres, moins habiles, les indications pour exécuter ce travail, mais, pour ce qui est des caparaçons de chevaux, des rondaches et même des tentes appartenant aux princes valeureux, les meilleurs peintres peuvent les peindre) ; pour la distribution et le choix raisonné de toute chose ; pour dessiner les livrées et en assortir les couleurs, ce à quoi très peu savent réussir.

« Outre cela, en temps de guerre, le dessin sert grandement à montrer, sur les plans, la situation des lieux éloignés, la configuration des montagnes et des ports (aussi bien ceux des montagnes que ceux des golfes et des mers), la figure des villes et des forteresses hautes et basses, avec l’emplacement de leurs murs et de leurs portes. Il indique les routes, les fleuves, les plages, les lacs et les marécages à éviter ou à franchir ; l’orientation et l’étendue des déserts de sable, des mauvais chemins, des forêts et des halliers. Toutes choses difficiles à comprendre d’autre manière, mais qu’il rend claires et intelligibles ; toutes très importantes dans les opérations de guerre, en quoi le dessin du peintre vient grandement en aide aux desseins et projets du capitaine.

 

7I. C’est par un décret en date du 6 avril 1529 que Michel-Ange fut nommé Commissaire général des fortifications de Florence. « Dès son arrivée à Florence, la première chose que fit Michel-Ange, ce fut de fortifier le campanile de S. Miniato, lequel avait été tout lézardé par les continuelles décharges de l’artillerie ennemie, et menaçait de s’écrouler à la longue, au grand danger de ceux qui étaient dedans. Il procéda de la sorte. Ayant pris un grand nombre de matelas bien bourrés de laine, il les fit descendre la nuit, au moyen de solides cordes, du sommet au pied de la tour, et en recouvrit les parties les plus exposées. Comme les corniches faisaient saillie au dehors, les matelas se trouvaient éloignés des murs de plus de six palmes, de manière que les boulets, soit qu’ils fussent tirés de loin, ou amortis par les matelas, faisaient peu ou pas de mal, et n’endommageaient même pas les matelas, qui cédaient sous les coups. C’est ainsi qu’il préserva cette tour tout le temps de la guerre, laquelle dura une année. » Condivi.

« Un brave chevalier peut-il rien faire de mieux que de mettre sous les yeux des soldats de fraîche date et inexpérimentés le plan de la ville qu’ils ont à combattre ; le fleuve, les montagnes et les villages qu’ils ont à traverser le lendemain ? Du moins les Italiens prétendent-ils que si l’Empereur, lorsqu’il pénétra en Provence, avait au préalable fait dessiner le cours du Rhône, il n’eût pas éprouvé tant de pertes et que la retraite de son armée n’eût pas été si désastreuse 72. À la suite de quoi on ne l’aurait pas représenté, à Rome, sous la figure d’une écrevisse marchant à reculons et rétrogradant au lieu d’avancer, avec la devise qu’on lit sur les Colonnes d’Hercule : Plus ultra.

« Je crois bien qu’Alexandre le Grand, dans les conquêtes qu’il entreprit, dut user mainte fois du talent d’Apelle, s’il ne savait dessiner lui-même. Et nous pouvons remarquer, dans les Commentaires écrits par Jules César, combien ce monarque sut tirer avantage de la peinture, par le moyen de quelque homme de talent qui suivait sans doute son armée. Je suis persuadé, en outre, que ce même César fut très versé en l’art de la peinture et que s’il vainquit le grand capitaine Pompée, lequel dessinait très bien au style, c’est que lui-même dessinait mieux encore.

« Je suis prêt à affirmer que le capitaine moderne qui commanderait une grande armée sans être capable de comprendre la peinture et sans savoir dessiner, ne pourrait accomplir ni grandes prouesses ni exploits d’armes. Celui, au contraire, qui la comprendrait et l’estimerait, ferait des choses dignes de mémoire et de renom; car il saura où il va et comment y aller, où il se trouve, comment et par où rompre et battre en retraite. Il saura faire paraître sa victoire beaucoup plus éclatante, et elle le sera, en effet, parce que la peinture est non seulement utile, mais grandement nécessaire à l’art de la guerre.

« De tous les pays que chauffe le soleil, en est-il de plus belliqueux et de plus prompt à prendre les armes que notre Italie ? En est-il un où il y ait plus continuellement des guerres, de grandes défaites, des sièges rigoureux ? Et, de tous les pays que chauffe le soleil, en est-il un où l’on accorde à la peinture plus d’estime et de gloire qu’en Italie ? »

Michel-Ange ayant fait une pause, Zapata se prit a dire :

 

72. La désastreuse expédition de Charles-Quint en Provence eut lieu en 1536. C’est alors que le poète espagnol Garcilaso de la Vega fut tué à l’assaut du château des Arcs, près de Fréjus.

— « Il me semble, maître Michel-Ange, que pour armer magnifiquement la dame de Francisco de Hollanda, vous avez désarmé l’empereur Charles, oubliant que nous sommes ici plus partisans des Colonna que des Orsini 73. Je n’ai pour me venger de cela d’autre moyen que de vous prier, après nous avoir démontré tout ce que vaut la peinture en temps de guerre, de nous dire ce à quoi elle peut être bonne en temps de paix. Or, vous lui avez attribué tant d’utilité en temps de guerre, que je me demande s’il vous sera possible de lui en trouver autant en temps de toge. »

Michel-Ange répondit en riant :

— « Que Votre Seigneurie ne me compte pas parmi les partisans des Orsini, lorsque nous avons présent le souvenir de celle à l’égard de qui je reste plus ferme qu’une de ces colonnes que cherchait à atteindre l’écrevisse. »

Puis, il ajouta :

— « Si j’ai eu de la peine à démontrer l’utilité de la peinture en temps de guerre, j’espère en avoir moins à démontrer tout ce qu’elle vaut en temps de toge et de paix, alors que les princes se font un plaisir de dépenser leur argent et leur fantaisie à des choses de très peu d’importance et pour ainsi dire sans valeur. Car nous voyons l’oisiveté rendre certains hommes assez industrieux pour savoir, tout dépourvus qu’ils soient de savoir et des ressources de l’esprit, se procurer, grâce à des choses sans nom et sans avantage, un nom, de l’honneur, des avantages et des ressources, aux dépens de qui leur procure ces avantages.

« Dans les états et républiques gouvernés par un sénat, on voit la peinture utilisée en beaucoup d’oeuvres publiques, telles que cathédrales, temples, palais de justice, tribunaux, portiques, basiliques et palais, bibliothèques, et, en général, pour l’ornement de bien d’autres édifices publics. De même, tout noble citoyen possède en particulier quantité de peintures dans ses palais ou ses chapelles, dans ses vignes ou maisons de plaisance.

« Mais si, dans des états où il n’est permis à quiconque de s’élever au-dessus de son voisin, on donne aux peintres des travaux qui les font riches jusqu’à l’abondance, avec combien plus de raison ne doit-on pas faire usage d’un art si utile dans les royaumes soumis et pacifiques, où Dieu a permis qu’une personne puisse, à elle seule, faire toutes les dépenses magnifiques et toutes les oeuvres somptueuses qu’elle désire ou que réclament d’elle sa gloire et son plaisir ? D’autant plus que la science du peintre est assez vaste pour qu’il puisse mener à bien par lui même et sans le secours d’aucun autre maître maintes choses dont ne pourraient venir à bout plusieurs hommes réunis. Et il se voudrait grand mal à soi-même (je ne dis pas seulement aux beaux-arts) le prince qui, ayant réussi à s’assurer le repos et la sainte paix, ne s’appliquerait à entreprendre de grands travaux de peinture, tant pour l’ornement et la gloire de ses états que pour sa satisfaction particulière et pour la récréation de son esprit.

« Il y a donc, en temps de paix, tant de choses en quoi la peinture est utile, qu’on semble n’avoir qu’un seul but en recherchant la paix à grand renfort d’armes, c’est de lui donner le loisir d’entreprendre et d’exécuter ses œuvres avec tout le calme qu’elle mérite et requiert, après les services qu’elle a rendus en temps de guerre. Et quel souvenir resterait-il d’une grande victoire remportée ou d’un haut fait d’armes, si plus tard, la paix venue, la peinture et l’architecture n’avaient la vertu d’en conserver à jamais, sous forme d’arcs, de trophées, de tombeaux et de maints autres monuments, la mémoire, si chère et si nécessaire aux hommes?

« Auguste César ne fut pas loin de penser comme moi, lorsque, après avoir pacifié tous les pays de l’univers, il ferma les portes du temple de Janus. Car, s’il ferma les portes de fer, il ouvrit à l’or celles du trésor de l’empire, pour dépenser plus largement en temps de paix qu’il n’avait fait en temps de guerre. Et peut-être, parmi tant d’œuvres magnifiques dont son ambition orna le mont Palatin et le Forum, paya-t-il aussi cher une seule figure peinte qu’il n’avait payé, pour un mois de solde, toute une compagnie de soldats.

« C’est pourquoi les grands princes doivent désirer la paix pour faire en leurs états de grandes œuvres de peinture qui soient l’ornement et la gloire de leurs règnes et, en particulier, pour éprouver eux-mêmes les joies que font naître dans l’esprit d’aussi beaux spectacles. »

— « Je ne sais, dis-je, maître Michel-Ange, comment vous me prouverez qu’Auguste ait pu payer pour une seule figure peinte aussi cher que pour un mois de solde à toute une compagnie de soldats. Si vous disiez pareille chose en Espagne, peut-être y aurait-on moins de peine à croire qu’il existe en Italie des peintres assez impudents pour représenter l’Empereur avec des pattes d’écrevisse et la devise : Plus ultra. »

Michel-Ange se mit à rire derechef, malgré l’absence de la marquise.

— « Je sais bien, dit-il, qu’on ne paie pas la peinture aussi cher en Espagne qu’en Italie, aussi devez-vous être étonnés des prix qu’elle atteint, étant habitués à de modiques salaires. Un Portugais que j’eus à mon service m’a informé de cela. Voilà pourquoi c’est en Italie que vivent les peintres, en Italie qu’il y a des peintres, et non en Espagne. Et c’est en quoi les Espagnols se montrent les plus accomplis gentilshommes du monde ! Vous en trouverez quelques-uns qui aiment la peinture à la folie, qui célèbrent ses louanges et qui l’apprécient autant qu’il est suffisant. Mais, pressez-les davantage, ils n’ont pas le courage de commander la plus petite oeuvre, ni de la payer. Et, ce que je tiens pour plus vil, ils sont épouvantés s’ils entendent dire qu’il se trouve en Italie des gens pour payer à de tels prix les oeuvres de peinture.

« Mon sentiment est qu’ils n’agissent pas en cela avec toute la noblesse dont ils se vantent, ne fût-ce que par leur empressement à ravaler ce qu’ils portaient aux nues avant de savoir à quoi s’en tenir et d’être mis au pied du mur. C’est se mésestimer soi-même, car ils avilissent ainsi la noblesse dont ils se targuent, et nullement un art qui sera toujours estimé tant qu’il y aura des hommes en Italie et dans cette ville.

« C’est pourquoi, un peintre ne doit pas consentir à vivre hors de ce pays où nous sommes. Quant à vous, messer Francisco de Hollanda, si vous espérez vous faire valoir en Espagne ou en Portugal grâce à l’art de la peinture, je vous le dis dès à présent, vous vous flattez d’une espérance vaine et fallacieuse. Vous devriez plutôt, sur mon conseil, vivre en France ou en Italie, où les esprits distingués se font connaître et où l’on estime infiniment la grande peinture.

 

73. Allusion, qui se répète plus loin, à la rivalité bien connue des deux grandes familles romaines, les Colonna et les Orsini.

« Ici vous trouverez, en effet, des particuliers et des seigneurs qui goûtent médiocrement la peinture, comme par exemple Andrea Doria, lequel n’en fit pas moins peindre magnifiquement son palais, et rétribua magnifiquement maître Perino, qui le peignit. Ou comme le cardinal Farnèse, lequel, tout en ne sachant pas ce que c’est que la peinture, assura une très honnête condition au même Perino pour cela seul qu’il s’intitulait son peintre, lui donnant vingt cruzades par mois, et se chargeant de son entretien, y compris un cheval et un valet; sans compter qu’il lui payait généreusement ses œuvres. Jugez de ce qu’auraient fait les cardinaux della Valle ou de Cesis 74.

 

74. Michel-Ange avait dessiné pour le cardinal de Cesis une Annonciation qui fut peinte par Marcello Mantovano.

« De même le pape Paul, bien qu’il n’ait guère ni sens musical ni curiosité à l’égard de la peinture, ne laisse pas de se comporter fort bien envers moi, et tout au moins beaucoup mieux que je ne l’en solliciterais. Et voici Urbino, mon serviteur, auquel il donne, rien que pour broyer mes couleurs, dix cruzades par mois 75, sans pré]udice de son entretien au palais. Je laisse pour mémoire ses vaines faveurs et ses caresses, qui me rendent parfois confus.

 

75. Il lui fut alloué, par un bref de Paul III, six ducats de gages mensuels.

« Que dirai-je du peu mélancolique Sébastien de Venise ? Quoiqu’il ne soit pas venu à une époque favorable, le pape ne lui a-t-il pas donné le sceau de plomb avec les honneurs et les profits inhérents à cette charge ? Pourtant ce peintre paresseux n’a pas peint à Rome plus de deux choses, peu faites pour étonner messer Francisco 76.

« J’en conclus que, en notre pays, ceux-là même qui n’estiment guère la peinture la paient beaucoup mieux que, en Espagne et en Portugal, ceux qui lui font le plus fête. Aussi vous conseillè-je, comme si vous étiez mon fils, de ne pas quitter l’Italie; et j’ai peur, si vous faites le contraire, que vous ne vous en repentiez. »

— « Maître Michel-Ange, répondis-je, je vous sais gré du conseil; mais je suis encore au service du roi de Portugal ; c’est en Portugal que je suis né et que j’espère mourir, et non en Italie. Toutefois, après m’avoir signalé une si grande différence entre la manière d’évaluer la peinture en Italie et en Espagne, ne me ferez-vous pas la grâce de m’enseigner comment on doit évaluer la peinrure ? Je suis sous ce rapport si timoré que je n’ose, me défiant de mon savoir, évaluer acune œuvre. »

— « Qu’entendez-vous par évaluer ? répondit- il. La peinture dont nous parlons, vous et moi, comment voulez-vous qu’elle se paie à l’évaluation, ou que quelqu’un soit capable de l’évaluer ?

« Pour ma part, j’estime à un très haut prix une œuvre faite de main de maître, encore qu’elle ait été faite en peu de temps; car, si elle en a demandé beaucoup, qui saurait en fixer le prix ? En revanche, j’estime à très peu de valeur une oeuvre qui a demandé beaucoup d’années à un peintre qui, nonobstant qu’on lui donne ce nom, n’entend rien à la peinture. Car on ne doit pas estimer les oeuvres d’après la durée du travail employé sans utilité à les faire, mais d’après le mérite et l’habileté de la main qui les a faites. S’il en était autrement, on ne paierait pas plus cher un jurisconsulte pour étudier l’espace d’une heure tel cas d’importance, qu’un tisserand pour toutes les toiles qu’il tisse sa vie durant, ou qu’un travailleur de terre qui sue tout le long du jour sur sa tâche.

                  E por tal variar natura è bella 77.

« Et quoi de plus sot que ces évaluations faites par qui ne distingue ni le bon ni le mauvais d’une œuvre ? Telles, en effet, qui ont peu de valeur, sont estimées très cher ; et pour d’autres, qui valent davantage, on ne paie même pas le soin apporté à les faire, ni le mécontentement qu’éprouve le peintre en apprenant qu’on doit évaluer son œuvre, ni le très grand ennui qu’il ressent à réclamer son salaire à un trésorier dépourvu de sens musical.

« Il me semble que les peintres de l’antiquité ne se fussent pas contentés de vos salaires et de vos évaluations à l’espagnole. Et je crois bien qu’ils ne s’en contentèrent pas. Certains d’entre eux en usèrent, lisons-nous, avec une libéralité et une magnificence peu communes : convaincus qu’il n’y avait pas en leur patrie assez de richesses pour payer leurs œuvres, ils les donnaient généreusement pour rien, quoiqu’ils eussent dépensé à les faire leur temps, leur argent et le travail de leur esprit. De ce nombre furent Zeuxis d’Héraclée, Polygnote de Thasos, et plusieurs autres.

« D’autres, d’humeur moins patiente, mutilaient et brisaient les œuvres qu’ils avaient faites à force de travail et d’étude, en voyant qu’on ne les leur payait pas aussi cher qu’elles le méritaient. Tel certain peintre auquel César avait commandé un tableau. Il en demandait une si grosse somme d’argent que César (peut-être pour mieux jouer son rôle) se refusait à la donner. Ce peintre alors, saisissant le tableau, le voulait briser malgré sa femme et ses enfants qui l’entouraient, pleurant une pareille perte. Mais César le confondit comme il convenait à lui seul de le faire : il paya le double du prix demandé, disant au peintre qu’il était fou s’il espérait vaincre César. »

— « Maître Michel-Ange, dit alors Zapata l’Espagnol, ôtez-moi maintenant d’un doute. Je ne puis bien m’expliquer pourquoi les peintres ont parfois coutume de représenter, comme on le voit en maints endroits de cette ville, mille monstres et animaux fantastiques, les uns avec des visages de femmes et des nageoires ou des queues de poissons ; les autres avec des membres de tigres et des ailes ; d’autres avec des visages d’hommes. Pourquoi, en un mot, ces peintres peignent-ils ce qui leur plaît le mieux à peindre et ce qu’on n’a jamais vu au monde ? »

— « Je vous dirai volontiers, répondit Michel- Ange, pourquoi ils ont coutume de peindre ce qu’on n’a jamais vu au monde, et combien pareille licence est raisonnable et conforme à la vérité.

« D’aucuns, les interprétant mal, soutiennent qu’Horace, le poète lyrique, visait à blâmer les peintres en écrivant ces vers :

 

76. En 1531 mourut Mariano Fetti, chancelier titulaire de l’Ufficio del piombo. Deux peintres se présentèrent pour lui succéder : Sébastien de Venise et Jean d’Udine. Le pape Clément VII fit choix du premier, sous condition qu’il servirait à son compétiteur une rente annuelle de 300 écus. C’est à cette occasion que Sébastien prit l’habit religieux et fut appelé Fra Sebastian del Piombo. Cette dignité nouvelle eut une
grande influence sur son talent et sur sa manière de vivre ; il devint paresseux et n’eut d’autre souci que de se donner du bon temps.

Les deux oeuvres peintes à Rome par Sébastien sont probablement les sujets mythologiques qui décorent les lunettes de la loggia, à la Farnésine, et les peintures de San Pietro in Montorio. Michel-Ange en parle avec un dédain fait pour étonner. Mais il ne faut pas oublier que, après avoir été longtemps l’ami de Sébastien del Piombo, il était en 1538 brouillé avec lui, pour des raisons que je rappellerai. Sébastien se piquait d’avoir découvert un procédé pour peindre à l’huile sur les murs, et qu’il jugeait propre à remplacer la fresque ; c’est celui qu’il employa à S. Pietro-in-Montorio, dont les peintures ont tant noirci. Lorsque Michel-Ange fut sur le point d’entreprendre, à la Sixtine, sa grande composition du Jugement Dernier, Sébastien persuada au pape qu’il y aurait tout avantage à se servir de son procédé, si bien que la « façade » fut préparée suivant ses instructions. Michel-Ange, furieux, refusa pendant plusieurs mois de se mettre à l’oeuvre. Cédant enfin aux instances du pape, il entra dans la chapelle, fit gratter l’enduit du mur et commença son immortelle fresque, non sans avoir déclaré que la peinture à l’huile était un art de femmelette, bon pour des fainéants comme Sébastien, auquel il garda rancune jusqu’à sa mort.

77. Et c’est parce qu’elle varie que la nature est belle. — Ce vers italien était passé en proverbe et on le trouve souvent cité comme tel par les anciens auteurs espagnols.

                                         Pictoribus atque poetis
         Quidlibet audendi semper fuit æqua potestas :
         Scimus et hanc veniam petimusque damusque
                                                                [vicissim 78.

« Pourtant ces vers ne sont nullement injurieux aux peintres, mais écrits, au contraire, à leur louange et en leur faveur, puisqu’ils signifient que peintres et poètes ont le pouvoir d’oser ; j’entends, d’oser ce qui leur plaît et ce qu’ils jugent préférable.

« Et, ce pouvoir, ils l’ont toujours eu ; car toutes les fois qu’un grand peintre fait (ce qui arrive très rarement) une œuvre qui semble fausse et mensongère, cette fausseté apparente n’en est pas moins très conforme à la vérité. Et, s’il y mettait plus de vérité, c’est alors qu’elle serait mensongère ; car il ne fera jamais une chose qui ne puisse exister en son espèce. Il ne fera pas une main d’homme avec dix doigts ; il ne peindra pas un cheval avec des oreilles de taureau ou une croupe de chameau, ni la patte d’un éléphant dans le même sentiment que celle d’un cheval ; il ne donnera pas au bras ou au visage d’un enfant la même expression qu’il donnerait à un vieillard ; il ne dessinera ni une oreille ni un oeil un demi-doigt en dehors de sa place; il ne lui est même pas permis de diriger à sa fantaisie la veine la moins apparente d’un bras. De telles choses sont très fausses.

« Si cependant, pour mieux s’accommoder au temps et au lieu en une oeuvre grotesque qui, sans cela, serait disgracieuse et fausse, le peintre vient à changer certains membres ou parties de quelques figures en d’autres, empruntés à une espèce différente ; si, par exemple, il transforme en dauphin la partie postérieure d’un griffon ou d’un cerf, ou en la figure qui lui conviendra leur partie antérieure ; s’il remplace leurs pattes par des ailes, n’hésitant pas il couper ces pattes si des ailes font mieux, ces membres qu’il aura changés, soient-ils de lion, de cheval ou d’oiseau, seront parfaits par rapport à l’espèce à laquelle ils appartiennent, et cette substitution, quelque fausse qu’elle paraisse, on ne peut que la déclarer bien inventée dans le genre monstrueux. Et lorsque, pour le délassement et la diversion des sens, comme pour la récréation des yeux mortels qui désirent parfois voir ce qu’ils n’ont jamais vu et ce dont l’existence leur semble impossible, le peintre introduit en une oeuvre de ce genre quelques êtres chimériques, il se montre plus respectueux de la raison que s’il y introduisait, quelque admirable qu’elle soit, l’habituelle figure de l’homme ou celles des animaux.

« C’est de ce sentiment qu’a pris licence l’insatiable désir de l’homme jusqu’au point de préférer parfois à un édifice décoré de colonnes, de fenêtres et de portes, tel autre édifice chimérique et grotesque, dont les colonnes sont faites d’enfants qui sortent de calices de fleurs, les architraves et les frontons de branches de myrte, et les portes de roseaux, ou d’autres éléments qui semblent tout à fait impossibles et hors de raison. Toutes fantaisies qui peuvent en arriver à être très belles, si elles sont l’oeuvre d’un artiste intelligent. »

Michel-Ange s’étant tu, je repris :

— « Cette oeuvre chimérique ne vous semble-t-elle pas, messire, beaucoup mieux appropriée à sa destination, c’est-à-dire à décorer une maison de campagne ou de plaisance, qu’une procession de moines, chose pourtant très naturelle, ou qu’un roi David faisant pénitence, auquel on fait grand tort en le plaçant hors d’un oratoire ? Ne vous semble-t-il pas que le dieu Pan jouant de sa flûte, ou une femme avec une queue de poisson et des ailes (ce qui s’est vu rarement) sont des peintures qui cadrent mieux à un jardin ou à une fontaine ? Et qu’il est beaucoup plus faux de mettre hors de sa place une chose réelle qu’une chose imaginaire à la place qui lui convient ? Telle est la raison d’où procèdent ce que d’aucuns appellent les invraisemblances de la peinture.

« En outre, à qui s’obstinerait à dire : « Comment une femme d’un beau visage peut-elle avoir la queue d’un poisson, les pattes d’un cerf léger ou d’une once, et des ailes d’ange aux épaules ? » on peut répondre que, si cette discordance reste conforme aux proportions en chacune de ses parties, elle est très harmonieuse et très naturelle. Un peintre ne mérite-t-il pas beaucoup d’éloges s’il peint une chose qu’on n’a jamais vue et à tel point irréelle, avec assez d’artifice et d’ingéniosité pour qu’elle paraisse vivante et réelle, pour qu’on souhaite qu’elle existe, pour qu’il semble qu’on puisse arracher les plumes de ces ailes et que cette femme remue les pattes et les yeux ?

« Mais l’artiste qui, voulant peindre un lièvre devrait (comme le rapporte certain auteur) recourir à une inscription explicative pour distinguer ce lièvre du chien qui le poursuit, celui-là, quoique ayant fait choix d’un sujet si peu mensonger, aurait peint, on peut le dire, une chose des plus fausses, et plus difficile à trouver parmi les oeuvres parfaites de la nature qu’une belle femme avec une queue de poisson et des ailes. »

Tous approuvèrent ce que j’avais dit, y compris Zapata, lequel n’était pas doué d’un grand sens musical pour apprécier les beautés de la peinture. Maître Michel-Ange, voyant qu’aucune de ses paroles n’était perdue pour nous, dit alors :

— « Est-il rien de plus important que d’observer la bienséance en une peinture ? Et combien peu s’y efforcent les peintres qui ne sont pas peintres ! Mais avec quel soin y veille un grand maître ! »

— « Il y a donc, demanda Zapata, des peintres qui ne sont pas peintres ? »

— « Un peu partout, répondit Michel-Ange. Mais comme le vulgaire dépourvu de jugement aime toujours ce qu’il devrait détester et condamne ce qui mérite le plus de louanges, il n’y a guère à s’étonner qu’il tombe aussi constamment dans l’erreur au sujet de la peinture, art digne seulement des intelligences élevées, Aussi ces hommes sans discernement et sans raison, ne faisant pas de différence, donnent-ils le nom de peintre à celui qui n’a du peintre que les huiles et les pinceaux gros ou fins, aussi bien qu’aux maîtres illustres qui ne naissent qu’à de longues années d’intervalle, ce que je tiens pour remarquable.

« Et, de même qu’ils donnent le nom de peintre à qui ne l’est pas, de même y a-t-il une peinture qui n’en est pas une, puisqu’elle est l’oeuvre de tels peintres. Et, le merveilleux, c’est que, même par la pensée, le mauvais peintre ne peut ni ne sait imaginer, ni ne désire faire de la bonne peinture, comme en témoignent ses oeuvres qui, le plus souvent, diffèrent peu de sa conception et ne lui sont guère inférieures. Car, si son esprit était capable de conceptions belles ou magistrales, sa main ne saurait être si corrompue qu’elle ne laissât paraître quelque trace ou indice de son bon désir. Mais, en cet art, seule l’intelligence qui comprend le beau et jusqu’à quel point elle peut y atteindre, fut jamais capable de bon désir. Et c’est là une distinction des plus graves ; toute la différence qui existe entre ceux qui aspirent à la haute peinture et ceux qui se contentent de la basse. »

Alors messer Lattanzio, qui n’avait rien dit depuis un moment :

— « Une impertinence que je ne puis en aucune manière pardonner aux mauvais peintres, c’est le manque de dévotion et de respect avec lequel ils peignent les images d’église. Et c’est par là que je veux que s’achève notre entretien. Il est certain qu’on ne saurait approuver l’irrévérence que mettent à peindre les images saintes tels hommes malavisés, qui osent l’entreprèndre sans aucune crainte, et le font avec tant d’ignorance qu’ils nous portent parfois à rire, au lieu de provoquer en nous la dévotion et les larmes. »

— « Aussi, poursuivit Michel-Ange, est-ce beaucoup entreprendre ! Il ne suffit pas à un peintre, pour imiter en partie l’image vénérable de Notre-Seigneur, d’être un maître plein de science et de pénétration ; j’estime, pour ma part, qu’il lui est nécessaire de mener une vie très chrétienne, ou même sainte, s’il se pouvait, afin que le Saint-Esprit l’inspire.

« Nous lisons qu’Alexandre le Grand édicta des peines sévères contre tout peintre autre qu’Apelle qui reproduirait ses traits, estimant que seul ce grand homme était capable de donner à son image cet aspect imposantet magnanime que les Grecs ne pouvaient voir sans l’acclamer ni les barbares sans le craindre et l’adorer.

« Si un pauvre homme de cette terre a porté de tels édits au sujet de son image, les princes ecclésiastiques ou séculiers ne devraient-ilspas, avec beaucoup plus de raison, veiller à ce que nul ne peigne la bénignité et la mansuétude de Notre Rédempteur, ou la pureté de la Vierge et des saints, hormis les plus illustres peintres qui se pourraient trouver en leurs provinces et seigneuries? Et un prince qui en ordonnerait ainsi aurait droit aux louanges de la renommée.

« Dans l’Ancien Testament, Dieu le Père voulut que ceux qui seraient chargés de décorer et de peindre l’ arca fœderis fussent des maîtres non seulement insignes, mais encore touchés de sa grâce et de sa sapience; et il dit à Moïse qu’il leur inspirerait la sagesse et l’intelligence de son esprit, pour qu’ils pussent inventer et faire tout ce qu’il pouvait faire et inventer lui-même. Or, si Dieu le Père voulut que l’arche de sa loi fût décorée et peinte avec tant de perfection, combien plus de soin et de gravité ne doit-il pas exiger de ceux qui reproduisent sa face sublime ou celle de son fils Notre-Seigneur, ou encore la pureté impeccable et la beauté de la glorieuse Vierge Marie, que peignit l’évangéliste saint Luc, ainsi que la face du Sauveur qui est dans le sanctuaire de Saint-Jean-de-Latran, comme nous le savons tous, et messer Francisco en particulier.

« Car il arrive souvent que les images mal peintes distraient les fidèles et font perdre leur dévotion à ceux, du moins, qui n’en ont guère. Celles, au contraire, qui sont peintes avec zèle, provoquent à la dévotion ceux qui s’y sentent le moins enclins ; elles les amènent à la contemplation et aux larmes, et leur inspirent, par leur aspect majestueux, beaucoup de vénération et de crainte. »

Messer Lattanzio dit alors, se tournant vers moi :

— « Pourquoi Michel-Ange vient-il de dire, en parlant de la face du Sauveur : « Comme nous le savons tous, et messer Francisco en particulier ? »

Je répondis :

— « C’est, messire, parce qu’il m’a déjà rencontré deux ou trois fois sur le chemin de Saint-Jean-de-Latran, où j’allais implorer pour mon salut la grâce de la sainte image. »

Cela dit, je voulus me taire. Mais, comme il insistait pour que je parle, je repris :

 

78. Peintres et poètes eurent toujours le droit de tout oser. Nous le savons, et c’est une licence que nous demandons et que nous accordons tour à tour. Ep. aux Pisons, 9-11.

— « Messire, la sérénissime Reine de Portugal 79, désirant contempler la précieuse face du Sauveur, en fit demander copie à notre ambassadeur. Mais, ne me fiant à personne autre, et voulant montrer la volonté que j’ai de la servir, j’eus l’audace d’entreprendre moi-même ce travail, aussi important que délicat. C’est ainsi que je lui ai envoyé ma copie, après l’avoir faite au prix de difficultés que Vos Seigneuries imagineront aisément. »

— « Il faut, dit Zapata, que vous ne soyez pas ami de madame la marquise, pour ne lui avoir pas montré une chose qui l’intéresse si directement. Mais dites moi, messer Francisco, l’avez-vous faite avec cette simplicité sévère qu’a la peinture antique ? Avec ces yeux divins qui inspirent la crainte et qui semblent surnaturels, comme il convient au Sauveur ? »

— « C’est ainsi que je l’ai faite, répondis-je, et j’ai mis toute mon habileté à n’augmenter ni ne diminuer en rien cette gravité sévère. C’est ce qui me coûta le plus de travail, et ce dont, je le crains, il me sera le moins tenu compte en Portugal. »

 

79. Catherine, fille de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, avait épousé Jean III en 1525.

— « N’en croyez rien, répondit messer Lattanzio Tolomei. On s’en fiera à votre savoir, et cette image sera digne qu’on lui élève un noble temple. Mais je m’étonne que vous ayez pu la copier et l’envoyer en Portugal, alors que les papes et les confrères de Saint-Jean- de-Latran n’y ont jamais consenti en faveur soit du roi de France, soit de dévotes princesses 80. »

Michel-Ange dit alors :

— « On ne saurait trop s’étonner des voies et moyens employés par messer Francisco pour nous dérober cette sainte relique et l’emporter loin de Rome, ni qu’il ait réussi à la peindre à l’huile, lui qui n’avait jamais peint à l’huile, et qui n’avait pas fait jusqu’à présent d’images plus grandes que celles qui peuvent tenir sur un petit parchemin. »

— « Comment se peut-il faire, reprit messer Lattanzio, que qui n’a jamais peint à l’huile sache le faire, et que qui a toujours fait de petites figures en puisse faire de grandes ? »

Comme je ne répondais rien, Michel-Ange lui répliqua :

— « Que Votre Seigneurie ne s’en étonne pas. Je veux, à ce propos, faire ici une déclaration relative au noble art de la peinture. Que tout homme ici présent entende bien ceci :

« C’est le dessin ou trait (car on lui donne ces deux noms) qui constitue, qui est la source et le corps de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de tout autre art plastique, et la racine de toutes les sciences.

« Quiconque s’est élevé assez haut pour le tenir en son pouvoir sache qu’il possède un grand trésor.

« Celui-là pourra faire des figures plus hautes que n’importe quelle tour, aussi bien peintes en couleurs que sculptées en ronde bosse, et il ne saurait trouver mur ou paroi qui ne semble étroit et exigu à ses magnanimes imaginations.

« Il pourra peindre à fresque, à la manière antique de l’Italie, avec tous les mélanges et toutes les variétés de couleurs usités en ce genre.

« Il pourra peindre à l’huile très moelleusement, avec plus de savoir, de hardiesse et de patience que les peintres.

« Enfin, il se montrera aussi parfait et aussi grand sur un petit morceau de parchemin que dans tous les autres genres de peinture. Et parce que grande, très grande est la puissance du dessin ou trait, messer Francisco peut peindre, si bon lui semble, tout ce qu’il sait dessiner.

— « Je n’ose, dit messer Lattanzio, vous soumettre encore un doute. »

— « Que Votre Seigneurie l’ose, dit Michel-Ange. Puisque nous avons sacrifié la journée à la peinture, consacrons-lui de même la nuit qui vient s’approchant. »

Et lui :

— « Je désire, en un mot, savoir en quoi doit consister cette peinture, objet de tant d’ambitions et si rarement atteinte. Qu’est-elle? Doit-elle représenter des joutes ou des batailles ? Des rois et des empereurs couverts de brocart ? Des damoiselles superbement vêtues ? Des paysages, des champs et des villes ? Ou, d’aventure, des anges et des saints ? Est-ce la forme même du monde ? Ou bien, que doit-elle être? Faut-il qu’elle soit faite d’or ou d’argent, des teintes les plus délicates ou les plus vives? »

Michel-Ange se mit à nous instruire en ces termes :

— « La peinture est moins complexe qu’aucune des choses que Votre Seigneurie vient d’énumérer. Cette peinture dont je célèbre les louanges consiste seulement à imiter un seul des êtres que Dieu a créés avec une sollicitude et une sagesse infinies, et qu’il a inventés et peints à sa ressemblance, en descendant jusqu’aux êtres inférieurs, bêtes ou oiseaux, et en dispensant à chacun d’eux la perfection qu’il mérite.

« À mon jugement, la peinture excellente et divine est celle qui rappelle davantage et imite le mieux quelque oeuvre de Dieu immortel, soit une figure humaine, soit un animal sauvage ou exotique, soit un simple poisson, soit un oiseau du ciel, ou toute autre créature. Et cela, au moyen non de l’or, de l’argent ou des couleurs les plus fines, mais seulement avec une plume, ou un crayon, ou un pinceau trempé dans du noir et du blanc. Imiter à la perfection chacun de ces êtres en son espèce, ce n’est autre chose, à ce qu’il me semble, que chercher à imiter l’art de Dieu immortel. L’oeuvre la plus noble et la plus parfaite en peinture sera donc celle qui reproduira les êtres les plus nobles, ceux qui ont été conçus avec le plus de science et de délicatesse. Quelle intelligence serait assez inculte pour ne pas comprendre que le pied d’un homme est plus noble que son soulier, sa peau que celle des brebis dont est tissé son vêtement et n’en arriverait ainsi à trouver le rang et le mérite de chaque être ?

« Toutefois, parce qu’un chat ou un loup sont des êtres moins nobles, je ne prétends pas que celui qui les peint avec talent n’ait pas autant de mérite que celui qui peint un cheval ou le corps d’un lion. Car, comme je l’ai dit précédemment, un simple poisson, pour qui le dessine, exige autant d’art et de science que la forme humaine, et je dirai même que le monde entier, avec toutes ses villes. Ce qui assigne son rang à un être, c’est la somme de travail et d’étude qu’il exige de plus qu’un autre.

« Il faut instruire l’ignorance de ceux qui ont dit de certains peintres qu’ils peignaient bien les visages, mais échouaient en tout le reste. D’autres ont dit qu’en Flandre on peint à la perfection les vêtements et les arbres ; d’aucuns affirment qu’en Italie on fait mieux le nu et les symétries ou proportions ; et bien d’autres choses du même genre.

« Voici mon opinion :

« Qui sait bien dessiner seulement un pied, une main ou un cou, sera capable de peindre toutes les choses créées en ce monde. Tel peintre, au contraire, pourra peindre toutes les choses qu’il y a au monde, mais si imparfaites et si méconnaissables qu’il ferait mieux de s’en abstenir.

« On reconnaît le savoir d’un grand peintre à la crainte avec laquelle il fait la chose qu’il entend le mieux, et l’ignorance des autres à l’audace téméraire avec laquelle ils encombrent leurs tableaux de ce qu’ils n’ont su apprendre.

« Un maître peut exceller en son art et n’avoir jamais peint qu’une seule figure, et, sans avoir peint autre chose, mériter plus de réputation et d’honneur que ceux qui ont peint mille tableaux, et savoir mieux faire ce qu’il ne fait pas que les autres ne savent faire ce qu’ils font.

« Et non seulement cela est comme je vous le dis, mais voici qui semble plus miraculeux encore :

« Un vaillant peintre n’aura qu’à tracer un profil rapide, comme qui veut commencer un dessin, à cela seul il sera reconnu pour Apelle, s’il est Apelle, pour un ignorant, s’il n’est qu’un ignorant. Il n’en faut pas davantage; une plus longue expérience, un examen plus attentif sont inutiles aux yeux de qui s’y entend, de qui sait bien qu’une simple ligne droite tracée de la main d’Apelle suffit à le faire reconnaître par Protogènes, tous deux immortels peintres grecs. »

Michel-Ange se taisant, je poursuivis :

— « Une chose non moins étonnante, c’est qu’un vaillant maître, pour tant qu’il s’y efforce, ne peut changer ni gâter sa main au point d’exécuter une oeuvre qui semble faite de la main d’un apprenti; car, à examiner attentivement cette oeuvre, on y trouvera quelque signe auquel on reconnaîtra qu’elle est faite par la main d’un homme habile. Au contraire, un peintre malhabile aura beau s’efforcer à faire la moindre des choses qui semble faite par un grand maître, ce sera peine perdue, parce qu’un bon appréciateur reconnaîtra sur-le-champ que son oeuvre est faite de main d’apprenti.

« Mais je veux à présent interroger maître Michel-Ange, pour voir si son opinion concordera avec la mienne. Voudrait-il me dire lequel vaut mieux: exécuter une oeuvre à la hâte, ou la peindre à loisir ? »

Il répondit :

— « Je vais vous dire. Il est très bon et très utile de faire avec rapidité et dextérité toute chose. C’est un don dispensé par Dieu que de peindre en quelques heures ce qu’un autre met plusieurs jours à peindre. S’il en était autrement, Pausias de Sycione n’eût pas tant travaillé pour peindre à la perfection, en un seul jour, un enfant en un tableau. Celui qui, tout en peignant vite, ne laisse pas pour cela de peindre aussi bien que qui peint lentement, celui-là mérite qu’on le loue davantage. Mais si sa légèreté de main l’induit à outrepasser certaines limites qu’il n’est pas permis à l’art d’outrepasser, il ferait mieux de peindre plus lentement et avec plus d’application. Car un bon peintre n’a pas le droit de se laisser abuser par le plaisir de sa dextérité, si elle l’induit à se relâcher en quoi que ce soit ou à négliger le souci de la perfection, qui est ce qu’il faut toujours chercher. D’où je conclus qu’il n’est pas répréhensible de peindre un peu, ou même, s’il est nécessaire, très lentement, ni de consacrer à une œuvre beaucoup de temps et d’étude, s’il s’agit d’obtenir plus de perfection. Ne pas savoir peindre, voilà le seul défaut.

« Je veux vous communiquer, Francisco de Hollanda, un très grand secret de notre art. Peut-être ne l’ignorez-vous pas ; mais vous le tiendrez, je crois, pour des plus importants :

 

80. Un voyageur espagnol du XVe siècle a laissé de curieux détails sur la Sainte-Face de Saint-Jean-de-Latran : « Il y a, en cette église, une chapelle séparée, où se trouve l’image de Notre-Seigneur, peint jusqu’à la ceinture sur une dalle de pierre. On dit qu’après sa mort Notre-Dame pria saint Luc, lequel était grand peintre de sa main, de peindre la figure de son fils; et saint Luc, ayant tout disposé pour la peindre, trouva qu’elle était déjà peinte. C’est chose de très grande devotion et œuvre digne de Celui qui a pouvoir de tout faire. On y voit parfaitement la figure de Notre-Seigneur, et son âge, et sa couleur, et tout comme il était, et un signe sur sa joue gauche. Il n’est, à Rome, de relique plus vénérée. Quatre hommes des mieux réputés, qu’on remplace d’heure en heure, la gardent continuellement avec leurs masses de fer. Et le jour de Sainte-Marie d’Août, on sort ladite relique en procession, avec maints jeux et une foule d’hommes d’armes, et on l’apporte à Sainte-Marie Majeure, où elle reste ce jour-là et la nuit suivante; et, le lendemain, on la remporte en sa place. Et, tout le temps qu’elle reste en ladite église, on gagne indulgence plénière. En la chapelle où est cette relique n’entrent point femmes; parce que, dit-on, une femme y dit telles choses qu’elle en creva. » Andanças y viajes de Pedro Tafur.

« Ce pour quoi on doit le plus travailler et suer dans les oeuvres de peinture, c’est pour faire, au prix d’une grande somme de travail et d’étude, une chose de telle manière qu’elle semble, en dépit de tant de travail, avoir été faite en quelque sorte à la hâte, sans le moindre travail, et tout à fait à la légère, encore qu’il n’en soit rien 81.

« C’est là un précepte excellent.

« Il arrive bien parfois que très peu de travail suffise à parfaire une œuvre de la manière que je dis; mais c’est chose très rare, et le mieux est de la faire à force de travail, et qu’elle semble faite très à la légère.

« Plutarque, en son livre De liberis educandis, raconte qu’un mauvais peintre montra ce qu’il faisait à Apelle, et lui dit: « Voici une peinture de ma main, que je viens de faire séance tenante. » À quoi Apelle répondit : « Ne me l’eusses-tu pas dit, j’aurais reconnu qu’elle était de ta main, et faite à la hâte. Et ce qui m’étonne, c’est que tu n’en fasses pas beaucoup de semblables chaque jour. »

« Mais, s’il s’agit de réussir ou de se tromper, mieux vaudrait, à mon avis, réussir ou se tromper rapidement que lentement, et je préférerais un peintre expéditif et peignant un peu moins bien à un autre, très lent, et peignant mieux, mais guere mieux.

« Mais je veux à mon tour vous interroger, messer Francisco, pour voir si nous sommes d’accord. Étant donné différentes manières de peindre, toutes presque également bonnes, laquelle, dites-moi, trouvez-vous la plus mauvaise, et laquelle la meilleure ? »

— « Maître Michel-Ange, lui répondis-je, votre question est plus embarrassante encore que celle que je vous ai adressée.

« La mère nature a produit d’une part des hommes et des animaux, et d’autre part des hommes et des animaux, tous faits d’après le même modèle et les mêmes proportions, et pourtant bien différents les uns des autres. Il en est de même pour les manières de peindre. Vous trouverez, et c’est presque miraculeux, beaucoup de maîtres peignant chacun à sa manière et selon son procédé hommes, femmes et animaux; et, quoique leurs manières soient si différentes les unes des autres, ils observent tous les mêmes proportions et les mêmes règles. Et néanmoins, toutes ces différentes manières peuvent être bonnes et dignes de louange, malgré leurs différences.

« À Rome, la manière de Polydore fut très différente de celle de Balthasar de Sienne ; celle de maître Perino de celle de Jules de Mantoue; Marturino ne ressemble en rien au Parmesan, et le chevalier Titien, à Venise, eut plus de suavité que Léonard de Vinci; la gentillesse et la douceur de Raphaël d’Urbin ne ressemblent en rien au faire de Sébastien de Venise; votre faire ne ressemble à aucun autre, et mon talent, tout petit qu’il soit, n’est identique à aucun autre.

« Et, quoique les maîtres fameux que j’ai nommés diffèrent les uns des autres par l’air, l’ombre, le dessin et les couleurs, ils ne laissent pas pour cela d’être tous des hommes célèbres et renommés chacun pour sa manière différente. Et leurs œuvres sont dignes d’être estimées presque au même prix, parce que chacun d’eux s’efforça d’imiter la nature et d’obtenir la perfection par les moyens personnels qu’il trouva les plus conformes à son idée et à son intention. »

Cela dit, nous nous levâmes et nous en fûmes, parce qu’il faisait déjà nuit.

 

81. « Michel-Ange avait coutume de dire : « Les seules figures bien peintes sont celles où l’effort n’est pas apparent (delle quali era cavata la fatica), c’est-à-dire exécutées avec tant d’art qu’elles semblent choses naturelles et non artificielles. » Ragionamento del Gello sopra le difficoltà di mettere in regola la lingua che si parla in Firenze, cité dans les Observations de M. Pierre Mariette sur la vie de Michel-Ange écrite par le Condivi.